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    Emma: «Avant de faire ma BD, je n'avais pas pleinement conscience de l'urgence climatique»

    Dans sa nouvelle bande dessinée, «Un autre regard sur le climat», la dessinatrice Emma s'attaque au réchauffement climatique avec l'humour caustique et le propos percutant qu'on lui connaît. Interview inspirante.

    Publié le 
    13 Mai 2019
     par 
    Relaxnews

    Le grand public l'a découverte en 2017, avec sa bande-dessinée sur la charge mentale «Fallait demander». Cela fait plusieurs années que la dessinatrice Emma, ingénieure en informatique de profession, écrit et dessine sur des thématiques qui lui tiennent à cœur: travail, inégalités hommes-femmes, injustice sociale…

    Dans sa nouvelle bande dessinée «Un autre regard sur le climat» parue le 2 mai 2019 aux Editions Massot, elle livre un manifeste de 90 pages sur le réchauffement climatique et les solutions à appliquer pour changer le monde de demain. L'artiste revient sur les raisons de son engagement et défend ses convictions.

    À quand remonte votre prise de conscience écologique?
    Emma
    Avant de faire ma bande dessinée, je n'avais pas conscience de l'urgence climatique dans laquelle nous nous trouvons. Bien sûr, j'entendais et lisais beaucoup de choses à ce sujet mais sans le réaliser pleinement. Mais le vrai déclic a eu lieu quand j'ai entendu toutes ces injonctions faites aux citoyens pour réduire leur impact écologique, qui venaient du gouvernement ou de grandes entreprises comme Danone ou Total. Là, ça m'a vraiment fait tiquer.

    Vous avez donc décidé de consacrer une BD à ce sujet…
    Oui, car je me suis dit qu'il y avait cet «autre regard» à poser. Cela m'a pris cinq mois de recherches. Et honnêtement, je n'avais pas conscience de tout ce que j'allais déterrer dans mes lectures. 

     

     
     
     
     

     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

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    Vous expliquez notamment que les «petits» gestes écocitoyens, s'ils sont toujours bons à prendre, nous bercent surtout d'illusions…
    J'ai récemment publié la première partie de ma BD sur Facebook. Beaucoup de gens ont eu des réactions de déni, assurant que nos petits gestes vont sauver la civilisation. Comme s'ils n'acceptaient pas l'argument selon lequel cela ne va pas suffire. 

    Mais les gestes écocitoyens ne restent-ils pas une porte d'entrée vers une prise de conscience?
    Je ne dis pas qu'il ne faut pas les faire, mais simplement que ce n'est pas la voie de politisation principale. Ce qui me dérange c'est que toutes les démarches comme le mode de vie zéro déchet restent très individualistes: on agit pour la communauté, mais seul. 

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    D'autant plus que le mode de vie «zéro déchet» peut contribuer à augmenter la charge mentale de la femme, comme vous le mentionnez brièvement dans votre BD…
    Oui, car ce sont encore principalement les femmes qui gèrent la sphère privée. Donc si l'on part sur l'effort individuel, cela risque de retomber sur l'épaule des femmes, dans un contexte qui n'est pas prévu pour consommer écologiquement.

    Car se passer d'emballages, laver les couches et faire ses courses en vrac va demander beaucoup de temps et d'énergie, dont les femmes ne disposent pas forcément. 

    Votre ouvrage est divisé en trois parties: les origines du phénomène climatique, la situation actuelle et les solutions pour l'avenir. Pourquoi avoir choisi de présenter les choses ainsi?
    Au début, je pensais pouvoir faire un album de 30 vignettes. Mais je pense qu'il est important d'expliquer les origines de ce phénomène et de replacer les éléments dans leur contexte pour bien comprendre à quoi on a affaire et surtout, l'accepter. Au lieu d'aborder ma BD à travers un témoignage personnel comme je le fais d'habitude, je me suis basée sur la manière dont j'ai reçu et analysé les informations en essayant de réaliser un ouvrage qui invite à changer de point de vue sur la situation actuelle.

    Votre point de vue est justement sans équivoque: pour limiter les dégâts du réchauffement climatique, il faut avant tout sortir du système capitaliste.
    Comme le dit Naomi Klein dans son ouvrage «Tout peut changer», les mouvements intrinsèquement écologistes sont ceux qui œuvrent contre l'injustice sociale. De mon point de vue, les Gilets jaunes représentent le mouvement du moment qui a le plus de potentiel écologiste car c'est précisément un soulèvement de masse populaire qui combat le capitalisme. 

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    Concrètement, quelles solutions pourrions-nous appliquer pour limiter les dégâts du réchauffement climatique?
    Pour moi, il y a deux questions. D'abord, quelles sont les luttes qu'il va falloir orchestrer durant ces 20 prochaines années. Ensuite, comment on les met en place. Il y a les mouvements écolos d'une part, mais une trop grande partie d'entre eux sont encore dans la position de demander aux entreprises et aux gouvernements d'agir. Or, l'anti-écologie est liée au profit et donc à la consommation continue et in fine à la pollution. L'une des solutions serait donc de retirer le pouvoir aux personnes qui nous ont mis dans cette situation. Ensuite, prendre des décisions démocratiques pour décider des besoins en consommation des populations. 

    L'idée n'est pas de moins consommer mais de déterminer ensemble puis d'éliminer ce dont on n'a pas réellement besoin: l'obsolescence programmée, la publicité…

    Depuis plusieurs mois, la jeunesse se mobilise partout dans le monde pour la planète. Selon vous, quel est le rôle des futures générations dans la lutte pour le climat?
    Je pense que c'est d'abord nous, adultes, qui devons agir pour que les autres générations puissent prendre le relais. Mais c'est vrai qu'il faut une future génération prête à la réflexion et au débat collectif, ce qui représente un vrai défi dans une société qui, je trouve, devient de plus en plus individualiste.

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